De la moralisation, un concept amovible

10 avril 2013

Il fallait bien un cas de force majeure pour inaugurer un concept aussi fou. En parlant de moralisation, je me suis demandé si cela s’inscrivait dans une démarche de développement durable ou si c’était juste un radeau, jeté à la sauvette, pour sauver l’honneur de la grande muette bancaire. Voilà bien une question qui tracasse le citoyen du quotidien : moraliser pour venir en aide à la dérèglementation mentale ? Tout un programme.
Tout commence ici. Ou plutôt là-bas. Il y avait, semble-t-il, une poche de résistance libérale au cœur de l’Europe. Un noyau gravitationnel autour duquel des centaines, peut-être même des milliers, de particules humaines aimaient se retrouver dans l’ombre feutrée des salons complaisants d’une banque amie, amie des gens qui en ont. De la Suisse, nous avons toujours l’image de ce petit yaourt blanc que nous aimions enfants et que nos enfants continuent de dévorer avec acharnement. Alors oui, bien sûr, derrière ce petit yaourt blanc, nous imaginons la Suisse avec ces immenses pâturages bucoliques où l’animal côtoie la nature vraie. Une sorte de ballade sensorielle et gustative au pays de Marguerite, la vache qui ne pleure jamais.

Mais voilà, pendant que certains vivent d’agréables moments dans les pâturages, d’autres, de méchants loups, des requins de la finance (comme me disait mon ami Michel) allaient remplir les comptes bancaires volontairement compliqués de détenteurs peu visibles. Un peu comme « accouché sous X », c’est ici, détenu « par X ». Alors bien sûr moraliser ce qui n’a rien de moral devient un total contre sens. Pourquoi vouloir défaire ce qui a été fait exprès ? Pourquoi critiquer l’absence de transparence, dans un système créé pour ne pas être transparent ? Absurde me diriez-vous !

La moralisation… C’est aussi cette autre nature qui questionne.
La moralisation serait donc ce concept qui tenterait de freiner l’instinct primitif de l’homme, instinct qui servirait le « moi » au détriment du groupe. Chiche, moralisons !
Moraliser, le chantier est immense. On commence par qui ? La moralisation étant ce concept qui permettrait de classer « le bien » et « le mal », avec d’un côté la Lumière et de l’autre les ténèbres. Par cette volonté machiavélique, la nature aurait-elle voulu laisser l’Homme arbitrer seul entre son instinct et sa raison ?

L’actualité nous contraint à répondre. Cet exercice que nous impose la médiatisation des faits, une sorte de moralisation à pas cadencés, nécessite préalablement une volonté farouche, une volonté, pour tout dire, contre nature. Car, la nature ici, celle des hommes, semble dépourvue de cette aptitude. La méchante nature a voulu mesurer la résistance de l’homme dans sa propre dualité intérieure. Nous constatons à regret que cette résistance est bien fragile, et pour certains, inexistante. Le constat est simple : l’homme a perdu le combat entre l’intérêt individuel et l’intérêt collectif. Force est de reconnaître que la faiblesse est le chemin le plus court pour l’épanouissement personnel… la nécessité égoïste de se servir soi prédomine.

La moralisation ne peut donc pas être l’idée de l’Homme. Concept trop pur qui demande une parfaite maitrise de soi, un désintéressement total… Non, ce concept n’est pas même l’œuvre d’une intelligence collective. Mais alors d’où vient ce concept de moralisation ? Serait-il d’inspiration divine ? Pas plus.
Et si la moralisation venait de la finance elle-même ? Un système qui aurait développé sa propre capacité de régénérescence interne en créant ses propres anticorps. Atteindre ses limites pour en recréer d’autres. J’aime ce positivisme régénérateur : chaque problème porte en lui sa propre solution.

Puisque l’Homme n’est pas fiable, négocions avec celui qui le domine.

Nicolas GEORGES

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