La vulgarité comme élément de langage

16 mai 2013

Hommes politiques, de média, le constat est aujourd’hui affligeant. La violence verbale est présente à tous les étages de la société. Noms d’oiseaux, insultes, agressions physiques, la vulgarité semble avoir gagné du galon en atteignant les sommités politiques de notre pays. Étrange transformation du langage dans la sphère publique, la « racaille » et les « cons » ne sont plus l’exclusivité des cages d’escaliers ou des troisièmes mi-temps. Le peuple d’en haut s’y met aussi, le comble. Jeu de mots sans finesse autour d’une ablation des seins ou allusion scandaleuse sur les origines d’esclave… Triste constat de la classe politique, triste réalité. Le lâcher de mot, plutôt gros, serait une libération nécessaire dans les joutes oratoires. Y aurait-il une notion de plaisir buccal dans la parole crue ? Je ne pense pas. Je penche plutôt pour un acte de faiblesse…

Sans faire la liste des insultes et autres expressions poétiques, faire un « coup » de communication médiatique passe, à défaut d’autres ressources, par la provocation, vulgaire si possible. L’insulte serait l’expression décomplexée, un jeu pour faire le buzz. Tout peut se dire, reste à savoir devant qui et où. Pour toute chose, il y a des lieux. Dans la rue, la vulgarité peut s’apparenter à une expression de la virilité, masculine comme féminine, sur un plateau télé ou pire, dans un hémicycle, c’est une erreur manifeste, une perte de contrôle de soi. J’imagine assez bien le père et la mère de famille, à table devant le 20h, grondant le fils qui mange avec ses doigts, alors que passe en boucle à la télé, le doigt, le majeur, d’un député à l’encontre de son contradicteur. Ce n’est qu’un doigt me diriez-vous, un détail sur une main…

Nous avions l’habitude d’avoir les traditionnels dérapages du leader de l’extrême droite, dérapage qui n’avait d’autre but que de le faire exister dans les moments de disette médiatique. Cela générait une polémique de quelques jours, voire de quelques semaines et puis le soufflet retombait. Aujourd’hui, la vulgarité n’est plus le monopôle de l’extrême droite. Chacun s’en empare, la sculpte, la taille à son image. La vulgarité devient une arme par destination, une façon de mettre à terre, d’humilier, d’insulter, de tuer l’autre.

À droite comme à gauche, la vulgarité devient un élément de communication à part entière, une façon de faire parler de soi. À défaut d’apporter du contenu, elle est l’expression du vide, de la violence à l’état pur. Violenter l’autre étant l’effet recherché. Construire non, détruire oui.

La vulgarité violente apparaît donc plus accessible, plus compréhensible, plus intelligible pour l’autre, « l’autre » étant l’auditeur, le spectateur, l’électeur… à court terme en tout cas. La vulgarité serait donc, pour le politique, le chemin le plus court pour être compris. Une sorte de communication identitaire « Regarde moi, je parle comme toi, je suis toi ». La vulgarité serait cet artifice au service d’une communication de proximité. Se faire comprendre de son interlocuteur nécessite de se mettre à son niveau. Mais de quel niveau parle-t-on ? Être vulgaire pour être sur d’être compris par la base que je cherche à séduire… Triste constat. Triste aussi la considération condescendante de certaines élites envers les gens à qui le message est destiné. « Je parle pour ce qui est en bas, je parle avec les mots que le « bas » peut comprendre ».

La vulgarité comme élément de langage des forts à destination des faibles. La vulgarité comme porte d’entrée dans le jardin des gens. Si la vulgarité est l’expression d’une domination de la passion sur l’esprit, l’on peut se demander qui, du politique ou de son lectorat, maintient l’autre dans la zone la plus primitive du cerveau.

A force de vouloir déconsidérer l’autre, l’autre celui qui est inférieur, en le cantonnant dans une communication vulgaire pour rendre le message politique «intellectuellement accessible», le risque étant de ne plus produire des phrases, mais des sons avec un retour aux sources de l’animalité… Pas étonnant que certains, dans un élan populiste, à l’insu de leur plein grès, dépasse le mur du son.

N’est pas son qui veut.

Nicolas GEORGES

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