Porteur volontaire des djembés-Dollar

27 septembre 2011

Robert Bourgi, spécialiste en bagage à main, pourrait-il troquer ses valises par des djembés-Dollar, avec l’accord de Chirac, Villepin et Sarkozy bien entendu ?
C’est une idée d’un ami gabonais que je suis allé chercher à l’aéroport d’Orly. En le ramenant à son domicile, il me dit d’un sourire à peine amusé « là-bas, on ne parle que de vous ». Persuadé que les primaires citoyennes étaient le sujet de prédilection partout dans le monde francophone, il me met la main sur l’épaule et me dit « Je t’arrête de suite, les primaires personne n’en sait rien là-bas ». En fait il était question des fameuses valises. Vous savez, ces valises remplies de billets qui auraient fait rêver le plus grand braqueur de convoyeurs de fonds de tout l’Arizona. Ces valises à destination inconnue, mais connues de Polichinelle. C’est vrai que les primaires ont (presque) rendu l’actualité françafrique un peu loin. L’information chasse l’information. Tout à l’heure est déjà loin. Hier est déjà oublié. Pas pour tout le monde…
Les africains eux, n’oublient pas. Ils savent.
Alors, avec mon ami gabonais nous parlons des relations françaises avec les pays d’Afrique. Il s’excuse presque en me racontant l’image déplorable que les africains ont des gouvernements français qui ce sont succédés depuis plusieurs décennies. J’ai écouté 45 minutes d’histoire où corruption rime avec pouvoir, et où argent rime obscurantisme.
Même si pour nous, ces « valises » ne sont qu’un détail de l’histoire, pour les africains, elles symbolisent justement toute la corruption d’une alliance, toute une entente qui avait pour unique but : servir une oligarchie au mépris du peuple dans l’intérêt de la France et de quelques intermédiaires, aujourd’hui dans les joutes de l’actualité.
Le voyage en voiture se transforme en confession populaire au travers de l’histoire du pays, au cœur des cafés et des rues où tout se dit. Au travers du récit de mon ami, j’entends la voix des gens de là-bas, je les entends parler des contrats d’armements, des compagnies pétrolières, des ethnies qui se répartissent les grands secteurs de l’économie.
La route défile à 80 kms/h sur le périphérique parisien. Il fait nuit noire. Je l’écoute. Je n’ai rien à dire. Je ne peux rien dire.
Arrivés à la porte de Pantin, nous nous arrêtons à un feu rouge. Un chauffeur de taxi attend les fenêtres ouvertes en écoutant France Info. Arrivant à sa hauteur, nous entendons l’interview d’un socialiste heureux d’avoir gagné la majorité au Sénat.
La situation est presque ubuesque. Mon ami gabonais sait qu’une partie de l’histoire de la Françafrique est enfermée dans les murs du palais du Luxembourg, sous protectorat. Son sourire comme preuve de mon impuissance à agir.
En le déposant devant son domicile, il glisse sa tête par la fenêtre ouverte pour que personne n’entende dans la rue passante et me dit « en continuant comme ça, la France n’aura plus aucun avenir en Afrique ».
En allumant la radio, le djembé résonne.

 

Nicolas GEORGES

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2 Responses to Porteur volontaire des djembés-Dollar

  1. Jean-francois laloué on 28 septembre 2011 at 10 h 48 min

    En effet, tous ces episodes que l’on croyait anciens ou dépassés sont le symptōme d’une generation qui, de droite comme de gauche, doit etre renouvelée de toute urgence.
    Le gouffre se creuse, et si nous ne réagissons pas, ce n’est plus seulement les relations avec l’afrique qui seront radiées, mais la confiance envers la puissance publique.

    Une société qui n’a confiance ni dans sa Justice ni dans ses institutions est une société qui se délite..

  2. Déva Vadivelou on 28 septembre 2011 at 13 h 11 min

    une histoire bien triste et bien réelle. Les appétits des anciens pays colonisateurs pour les ressources de leurs anciennes colonies avec le complicité organisée et entretenue des « élites » de ces pays francophones. L’arrivée en Afrique des médias internet et téléphone mobile a bouleversé la vision des peuples, qui sont bien informés de ce qui se passe, les concernant directement, en France. Nous sommes encore dans un très longue tradition de relations intéressées qui ne profite qu’à une minorité de privilégiés. Je crois aussi que les élites africaines, formées en France et étroitement encadrées par le Ministère des Aff Etrang, n’aiment pas leurs peuples. Peuples disparates issus de créations de frontières fictives au 19ème siècle, ethnies éparpillées, langues diverses, cultures riches mais isolées. La notion de solidarité africaine n’a plus de sens, comme pour les musulmans. On le voit avec le naufrage de la Somalie, pays faisant partie de l’Union des pays arabes d’afrique et qui se meurt sans aide des des propres frères.
    Quel serait le rôle de la France dans ce chaos?
    Les progrès ne peuvent se faire que lentement dans ces pays, sans brutalité politique.
    La Gauche au pouvoir devrait renégocier les dettes à hauteur de 30%, pour soulager les pays ayant envie de progresser, la plupart dettes étant envers les banques françaises amies.
    Ensuite les aider matériellement à réorganiser les 2 ou 3 industries exportatrices agricoles ou minières sur une période de 3 ans, avec un planning pour sortir de la spirale de la dette.
    Diminuer sur 2 ans les subventions des produits français exportés en afrique, c’est un scandale connu
    Remettre en vigueur les cultures agricoles et élevage traditionnels, avec la modernité possible. Un tracteur de 5 ans vendu d’occasion est un outil adapté pour le champ gabonais, inutile de leur vendre le même matériel qu’ici à un prix prohibitif. Et surtout les aider, au niveau international, à limiter au minimum les cultures OGM, qui ne permettent pas de réutiliser les semences.
    Encore un idée, la dernière : Les villes, surpeuplées, difficiles à gérer, avec des réseaux ayant mal vieilli. Que des entreprises françaises, avec des aides du gvt et des organismes internationaux étudient et réalisent les réseaux d’assainissement, de télécoms, de voirie, d’électricité (renouvelable)de ces mégapoles, avec un minimum d’intermédiaires (mais il en faut).
    Ce qu’attendent nos amis francophones (ou non) d’afrique, c’est que la France rejoue un role de soutien et de conseil sans en tirer profit en pillant les ressources. Il y a encore du travail!

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