Pour voter Sarkozy c’est ici ?

17 octobre 2011

C’était hier pendant la tenue d’un bureau vote. Un homme est entré, le pas assuré. Devant la table d’émargement des valeurs de gauche, me fixant du regard, le menton haut il a soudain déclaré : « Pour voter Sarkozy, c’est ici ?». Il avait le sourire en coin, un rien provocateur, l’air assuré de son effet. Nous nous sommes regardés quelques fractions de seconde. Une sorte de duel idéologique. « Non, ici on vote pour le mettre dehors ! » lui ai-je alors répondu.
Je l’ai vu décontenancé. De part sa provocation, il devait peut-être s’attendre à autre chose. A un échange d’amabilité, un frottement de muscle «entre hommes», une virilité buccale, une tentative d’impulsion physique. Même pas. Ce provocateur, je l’ai tout de suite aimé. Oui, j’ai aimé cet individu. J’ai aimé son courage désespéré de venir provoquer celles et ceux qui veulent donner un nom au changement. C’était un kamikaze gentil du dimanche qui avait profité du marché pour venir nous faire un petit coucou. Il voulait probablement se faire un extra. Se faire un « rose ». Pas vraiment méchant.
Je lui ai souri avec la même douceur dans les yeux que ceux de la Joconde de Léonard de Vinci. Désemparé, il est reparti. Je crois même qu’il vociférait quelques noms d’oiseaux empruntés à un mauvais thriller. Insultes recueillis dans le grand livre d’or, best-off 2007/2012 du langage présidentiel à destination des racailles.
Dommage, il ruminait trop vite. Je n’ai pas compris le sens ni la portée philosophique de sa déclaration. Je n’ai qu’entendu les pneus de sa voiture qui repartaient, au loin. Peut-être allait-il vers un nouveau bureau de vote ? Peut-être était-il missionné pour effrayer le peuple de gauche en prônant la fin du monde en cas de victoire d’un socialiste.
De la main, les personnes qui attendaient dans la file, l’on salué, moi également. Cette marque d’affection était importante, je ne souhaitais pas qu’il se soit déplacé pour rien. Il a donc, par action militante, contribué au rayonnement de ce dimanche 16 octobre 2011. Je l’ai transformé en opposition constructive. J’en suis fier.
En rentrant le soir chez moi, la journée de ce dimanche historique a défilé devant mes yeux. Que de rencontres, que de sourires, que d’échanges avec les citoyennes et citoyens. Je me souviens de tous ces visages. Je me souviens de toutes ces personnes qui arboraient leur bulletin de vote comme contribution à l’œuvre collective. Je me souviens aussi de ces poignées de timides qui donnaient l’impression de voter pour la première fois pour un candidat socialiste.
Ma plus forte image, c’est eux. Eux qui s’étaient trompés… me disent-ils.
Mon duelliste de Droite ne le sait pas encore, mais il a contribué au changement en étant le représentant d’un système à bout de souffle. Il a frappé à la porte du changement, qu’il soit le bienvenu, la mutation est irréversible. Il changera lui-même, il ne peut en être autrement.

Nicolas GEORGES

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2 Responses to Pour voter Sarkozy c’est ici ?

  1. Claudine MARTEL on 19 octobre 2011 at 12 h 16 min

    C’est vrai qu’elle est amusante ton anecdote … on voit de tout dans les bureaux de vote !
    A ce propos, tellement anéantie par les 7 % de Ségolène, je ne me suis même pas dérangée pour le 2ème tour … (choix entre la peste et le choléra, … à mes yeux tout au moins !). C’est FH qui a attrapé la queue du Mickey sur le manège, eh ben on votera FH (c-à-d. PS) pour les Présidentielles … Que peut-on faire d’autre pour qu’enfin on arrive à « dézinguer » zébulon 1er (je le souhaite de toutes mes forces … et ne suis pas la seule !)?
    Amitiés – Claudine, Noiseau

  2. ratus maximus on 20 octobre 2011 at 10 h 27 min

    Très cher Nicolas, il n’avait finalement peut être pas si faux ton mauvais coucheur UMPiste, car on peut se demander si finalement les primaires socialistes n’auront pas eu les effets escomptés par certains alternatifs. Certes, le score d’Arnaud Montebourg fut relativement élevé eu égard aux prévisions qui avaient été faites. Cependant, il est tout à fait évident que cette surprise ne changera pas vraiment la ligne du parti, le choix pour les socialistes se résumait au final à l’affrontement entre deux candidats tout aussi libéraux l’un que l’autre. La victoire de Hollande ne faisant que confirme le peu qu’il y a à attendre du PS. Il semble d’ailleurs que Montebourg se soit résigné à faire un choix, celui de Hollande montrant ainsi qu’il n’est probablement pas prêt à entrer en rupture avec son parti. Pourtant cette rupture devrait être évidente pour toute personne ayant un brin d’honnêteté intellectuelle. En effet, comment continuer à parler de démondialisation tout en restant membre d’un parti ouvertement libéral et libre-échangiste ? Et pire que cela. En appelant à voter pour Hollande et en faisant ainsi croire qu’il y aurait un réel choix à faire, en dehors d’un choix de personnalité. Montebourg trahit ici en partie ses électeurs. À la suite de Jean-Pierre Chevènement ou de Nicolas Dupont Aignan, on ne peut que l’inviter à prendre ses responsabilités de citoyen et d’homme politique en quittant le PS purement et simplement.

    François Hollande c’est tout de même le personnage qui a osé affirmé devant Emmanuel Todd à la télévision que son rôle n’était pas de défendre les intérêts des Français. Cachant derrière une fausse solidarité avec le tiers-monde un absolu désintérêt pour l’évolution de la qualité de vie de ses compatriotes. C’est le même François Hollande qui trouve normal le fait que l’état emprunte sur les marchés financiers et qui trouve que l’inflation c’est le mal absolu. François Hollande n’est ainsi pas vraiment éloigné d’un Alain Minc ou d’un Madelin. Mais est-ce si surprenant? Ils viennent tous du même milieu. On se rappelle encore la photographie en une de Match je crois, où Hollande et Sarkozy étaient assis côte à côte tels deux vieux amis « ils se sont dit OUI » (TCE 2005). C’est aussi le même Hollande qui trouvait normales les délocalisations au nom du développement de la Chine, comme si cette dernière avait besoin de notre pauvre marché de 60 millions de personnes pour vendre ses produits. Un vrai socialiste ne devrait-il pas plutôt demander au chinois d’augmenter les salaires de leurs ouvriers plutôt que de demander aux plus pauvres des Français d’aller au chômage pour que les Chinois travaillent?

    Un PS prisonnier de sa classe sociale!!?

    En vérité, le PS n’est peut être plus qu’un parti de notables bien installés, un fervent représentant de la classe moyenne aisée pleine de bons sentiments tant que la crise, le chômage et l’immigration restent des problèmes éloignés de ses préoccupations quotidiennes. Un véritable repère de cosmopolites comme les décrivait si bien Jean Jacques Rousseau par sa célèbre phrase « Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher au loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux ». Heureusement pour nous le PS a une base électorale qui ne peut que se rétrécir avec la crise. C’est d’ailleurs un phénomène qui se cumule avec le vieillissement, lui aussi inéluctable, de l’électorat PS. Le gros des électeurs français ne voit plus le chômage et la mondialisation comme des choses bénéfiques ou lointaines. Le sondage sur le protectionnisme réalisé en France il y a quelque temps avait d’ailleurs montré le décalage monstrueux qu’il peut y avoir aujourd’hui entre les aspirations réelles de la population et les propositions faites par les partis politiques. Et ce n’est pas le score de Montebourg qui changera quelque chose à cette situation. En effet on pourrait très bien prendre le résultat comme la preuve du déclin accéléré des alternatifs au sein du PS et la victoire absolue de l’establishment. Les primaires ayant été ouvertes à tout le monde, on peut aussi s’inquiéter du fait que même les alternatifs extérieurs aux PS ne soient pas allés suffisamment voter. Probablement parce qu’ils pensent impossible le changement dans ce parti de notables. Et l’on peut toujours rêver à une plus grande influence de l’aile gauche du parti, le fait est qu’elle ne pèse pas grand-chose et qu’elle est plutôt sur le déclin. À dire vrai le PS tout comme son cousin libéral de droite l’UMP sont des partis qui bénéficient du conservatisme électoral que produit la domination médiatique sur le paysage politique français depuis quarante ans.

    Une domination médiatique dont on n’a guère de peine à imaginer qu’elle est nuisible vis-à-vis du fonctionnement de la démocratie. Il faut dire et redire que la démocratie a des conditions pour fonctionner à peu près correctement. Et cela en supposant que le système d’élection des représentants puisse être considéré comme réellement démocratique. Mais il s’agit ici d’un autre débat. En premier lieu, il faut que les citoyens octroient du temps à la chose politique et à la vie de la cité. Cela suppose un certain sens du civisme et une réelle implication dans la vie politique du pays ne serait ce qu’en suivant un peu les débats et les différents courants d’idées qui traversent le champ électoral. On le voit dans une société où la vie est de plus en plus difficile, une société où le maigre temps libre que l’on a se concentre essentiellement sur le divertissement et la consommation de sous productions culturelles de masse états uniennes toutes plus débilitantes les uns que les autres. La qualité des idées politiques que se font nos citoyens ne peut être qu’en baisse. Autre point, une démocratie nécessite une totale information des citoyens sur les sujets importants , or, l’inféodation de notre système d’information rend cet objectif totalement hors de portée. On peut donc légitimement se dire qu’entre la sous-information des électeurs, leur sous culture dominante et leur passivité, il y a peu de chance pour que de réelles alternatives se fassent jour dans notre pays. On le voit d’ailleurs aussi en Espagne ou en Grèce où malgré la crise, l’euro reste « génial », et l’Europe une condition essentielle de la prospérité. Alors même que tout démontre le contraire.

    L’évolution se fera probablement sans les politiques

    De fait, la situation nationale française reste et restera encore longtemps bloquée, car politiquement il est tout simplement impossible aux idées alternatives de monter au pouvoir. Nous allons vers un lent pourrissement social et politique. Et peut-être à plus long terme vers des dislocations territoriales, celles-ci ont d’ailleurs déjà commencé puisque l’éclatement sociologique et maintenant ethnique et religieux fait de plus en plus ressembler la France à une future Yougoslavie. Puisque le centre du pouvoir n’agit plus en France où ailleurs en Europe ce sont les évènements qui vont décider à la place des politiques. On a beaucoup dit que l’éclatement de l’euro était une certitude, c’est sous-estimer en fait quelque peu le conservatisme et le vieillissement des sociétés européennes. Le fait est que rien ne se passe et que l’euro pourrait très bien continuer à exister tout en poussant le continent vers une misère totale. Après tout le franc CFA est tout aussi aberrant que l’euro d’un point de vue monétaire. Pourtant les nations africaines continuent à l’utiliser, probablement les élites locales ne voient elles dans une devise forte que les avantages à court terme pour leurs propres besoins en ignorant totalement le développement de la production locale. Il en va de même en France et en Europe puisque maintenant les élites montrent un désintérêt total pour le chômage de masse, la précarité et la baisse du niveau de vie local tant qu’elles peuvent acheter tout ce dont elles ont besoin pour maintenir leur train de vie.

    Cependant, nous atteignons ici les limites de ce qui est prévisible en réalité, c’est notre tempérament en général qui nous dicte la vision de l’avenir, les faits ne pouvant nous éclairer. Nous nous laissons souvent aveugler par nos propres désirs, moi y compris. Il faudrait effectivement que l’Europe passe à la monnaie commune ou que la France sorte de l’euro. Il faudrait que nos élites mettent en place des protections douanières et rétablissent une véritable concurrence entre « égaux », sans quoi celle-ci se résume à un massacre. Mais pour faire cela, il faudrait déjà que des politiques portant ce message arrivent au pouvoir, or, rien ne se passe. L’élection de 2012 est partie pour être une répétition de 2007 avec Hollande dans le rôle de Sarkozy. Certains y voient comme les prémisses d’un futur réveil des Français. Ces derniers voyant comment le PS lui aussi plongera le pays dans l’austérité, ils finiront bien par se tourner vers les alternatives et laquelle, (marine?). Certes pourquoi pas? Mais franchement depuis combien de temps l’austérité est-elle pratiquée en France? Déjà en 1984 on parlait d’austérité. Est-ce que pour autant les électeurs on mit des gens au pouvoir en réaction à cela? On peut véritablement se demander aujourd’hui si les urnes sont une solution. Le système électoral est totalement bloqué. On peut faire l’apologie de De Gaulle en 58 sauf que ce dernier avait une image derrière lui et qu’il y avait le contexte de la guerre d’Algérie pour le porter au pouvoir en dehors du système politique français classique. Sans ces conditions, les ploutocrates d’alors se seraient maintenus au pouvoir. Il est peut-être temps de reconnaître que c’est notre système pseudo-démocratique qui est en cause au-delà de la simple question des personnes. Notre régime politique empêche toute transformation des politiques économiques, il est ultra conservateur. D’une façon probablement bien plus efficace que tous les régimes dictatoriaux, car dans ce système les gens pensent influencer par leur vote le système politique alors qu’en fait rien ne se passe.
    La vérité est le mensonge, le mensonge est la vérité
    Georges Orwell 1984

    Saludos.

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